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Pinède & Garrigue

L’art de jardiner à la provençale.
Rosa — illustration botanique ancienne

Au jardin, j’ai réuni au fil des années une petite collection de rosiers : plusieurs Pierre de Ronsard® Meiviolin — banal, je sais, mais comment résister ? —, trois Palais Royal® Meiviowit, une Cuisse de Nymphe Émue (rosier ancien, 1835), un Souvenir de la Malmaison (rosier ancien, 1843), un Rosa Bonheur®, un Guillot n°1, trois Félicité et Perpétue (rosier ancien, 1828) et deux Rosa banksiae à fleurs blanches.

Sous le soleil de Provence, dans une terre argilo-calcaire, ils n’ont pas du tout le même caractère. Certains attrapent toutes les maladies, d’autres attirent tous les ravageurs, d’autres encore ne demandent presque rien. Voici ce que j’ai appris en les regardant vivre, et le petit calendrier de soins que j’en ai tiré.

Sept rosiers, sept tempéraments

Les plus faciles, chez moi, sont les Félicité et Perpétue. Le plus capricieux est sans conteste le Guillot n°1… mais quelle merveille !

Quelques rosiers de mon jardin :

Souvenir de la Malmaison (rosier ancien, 1843)
Souvenir de la Malmaison (rosier ancien, 1843)
Cuisse de Nymphe Émue (rosier ancien, 1835)
Cuisse de Nymphe Émue (rosier ancien, 1835)
Pierre de Ronsard® Meiviolin
Pierre de Ronsard® Meiviolin
Palais Royal® Meiviowit
Palais Royal® Meiviowit
Guillot n°1
Guillot n°1
Guillot n°1
Guillot n°1
Rosa Bonheur®
Rosa Bonheur®
Félicité et Perpétue (rosier ancien, 1828)
Félicité et Perpétue (rosier ancien, 1828)
Rosa banksiae blanc
Rosa banksiae blanc

Autrement dit : avant de planter un rosier en Provence, mieux vaut savoir quel ennemi il attire. Le Pierre de Ronsard demande de la vigilance au printemps, la Cuisse de Nymphe Émue surtout en été.

Rosier

Maladie à surveiller

Ravageurs

Culture

Pierre de Ronsard et Palais Royal

Rouille, au printemps

Épargnés par la tenthrède ; parfois des acariens pendant les canicules

En pot, à l’ombre pendant les canicules pour garder les racines au frais. Sujets à la chlorose en sol calcaire.

Cuisse de Nymphe Émue

Oïdium

Très sensible à la tenthrède

En pot, à mi-ombre pendant les canicules.

Souvenir de la Malmaison

Oïdium, taches noires

Très sensible à la tenthrède

En pot, à mi-ombre pendant les canicules.

Rosa Bonheur

Rien de notable

Très sensible à la tenthrède et aux cochenilles farineuses

En pot, à mi-ombre pendant les canicules.

Guillot n°1

Taches noires (marsonia)

Très sensible à la tenthrède, aux cochenilles, aux pucerons et aux acariens

En pot. Capricieux sous notre climat.

Félicité et Perpétue

Rien de notable

Très sensible à la tenthrède

En pleine terre, plein sud.

Rosa banksiae blanc

Oïdium, très fréquent au printemps

Rien de notable

En pleine terre, plein sud. Attire les guêpes.

En pleine terre ou en pot ?

Pendant des années, mes Pierre de Ronsard ont poussé en pleine terre, plein sud, arrosés au goutte-à-goutte. Le résultat était formidable : une croissance régulière, un feuillage dense, des fleurs à profusion, même au cœur de l’été. Mais il y avait un grand « mais » : je suis presque sûre que le goutte-à-goutte était en partie responsable de la rouille qui les attaquait au printemps et à la fin de l’été. Une terre toujours humide entretient une atmosphère moite au pied des rosiers, et une croissance trop vigoureuse donne des tissus tendres, que les champignons adorent.

J’ai donc fini par installer mes Pierre de Ronsard et mes Palais Royal dans de grands pots en terre cuite, remplis d’un terreau beaucoup plus acide. Ils ne s’en sont jamais aussi bien portés. La Cuisse de Nymphe Émue, le Souvenir de la Malmaison, le Rosa Bonheur et le Guillot n°1 vivent eux aussi en pot. Je sais, tous les rosiers ne s’y prêtent pas, et un grimpant aussi vigoureux que le Pierre de Ronsard encore moins. Mais chez moi, c’est ce qui a marché.

En pot, l’arrosage demande plus de rigueur. Je les arrose désormais au tuyau : tous les deux jours en été, puis à partir d’octobre seulement quand la terre est sèche en surface. Toujours au pied, le soir de préférence, sans mouiller le feuillage : c’est la meilleure façon de ne pas inviter les maladies.

Le calcaire et la chlorose

Dans nos sols calcaires, le Pierre de Ronsard et le Palais Royal jaunissent très facilement. Le calcaire empêche le rosier d’absorber le fer : les feuilles, d’abord les plus jeunes, pâlissent entre les nervures, qui restent bien vertes.

  • Un peu de compost chaque année : la matière organique aide le rosier à mieux assimiler le fer.
  • Si le jaunissement s’installe, un chélate de fer apporté au printemps corrige la carence rapidement.
  • Jamais de chaux ni de cendres au pied : elles ne feraient qu’aggraver les choses.

Prévenir les maladies : la bouillie bordelaise à la mi-avril

À la mi-avril, la plupart de mes rosiers reçoivent un traitement préventif : le Pierre de Ronsard et le Palais Royal contre la rouille, la Cuisse de Nymphe Émue, le Souvenir de la Malmaison et le Rosa banksiae contre l’oïdium, le Guillot n°1 contre les taches noires.

La bouillie bordelaise est un mélange de sulfate de cuivre et de chaux éteinte, mis au point à la fin du XIXe siècle pour protéger les vignes du Bordelais du mildiou. Elle est autorisée en agriculture biologique. Le cuivre agit au contact des feuilles : il empêche les spores de germer. C’est donc un geste de prévention ; contre un champignon déjà installé, elle ne peut plus rien. Tant que la pluie ne la lessive pas, elle protège environ trois semaines.

Pourquoi la mi-avril ? Pour protéger les jeunes pousses avant la floraison, puis laisser les pollinisateurs butiner en paix.

  • Diluez le produit selon la dose du fabricant, souvent entre 4 et 25 g/L. Inutile de forcer : des essais ont montré la même efficacité à demi-dose.
  • Un agent mouillant (savon noir, un peu de lait écrémé) aide le produit à adhérer ; dans ce cas, divisez la dose par deux.
  • Pulvérisez par temps sec et sans vent, sur les tiges et le feuillage, avec gants, masque et lunettes.
  • Mieux vaut 2 ou 3 passages à 15 jours d’intervalle qu’un seul traitement concentré.
  • De petites gouttes bleues au bout des feuilles ? C’est le signe d’un surdosage.
  • Le cuivre s’accumule dans le sol et nuit à sa vie microbienne. La réglementation bio le limite à 28 kg de cuivre métal par hectare sur sept ans, soit environ 0,4 g/m² par an.

Un bémol pour l’oïdium : le cuivre y est moins efficace que contre la rouille ou les taches noires. Pour la Cuisse de Nymphe Émue, le Souvenir de la Malmaison et le Rosa banksiae, le soufre mouillable reste le traitement préventif de référence. Évitez-le au-delà de 28 °C, et jamais juste avant ou après la bouillie bordelaise.

L’année qui a suivi le rempotage, j’ai aussi pulvérisé régulièrement du purin de prêle sur les jeunes pousses de mes Pierre de Ronsard et de mes Palais Royal. Riche en silice, la prêle a la réputation de renforcer les tissus et d’aider le rosier à résister aux maladies. Le résultat a été remarquable : une floraison exceptionnelle et des plantes bien plus vigoureuses qu’en pleine terre. Mais pour être honnête, je ne saurais dire si le mérite en revient au purin ou simplement au bon terreau des pots.

La tenthrède et les autres ravageurs

C’est la tenthrède qui me fait le plus de dégâts : en trois ou quatre jours, ses fausses chenilles peuvent dévorer tout le feuillage d’un rosier. Félicité et Perpétue, Cuisse de Nymphe Émue, Souvenir de la Malmaison, Rosa Bonheur et Guillot n°1 y sont très sensibles ; seuls le Pierre de Ronsard, le Palais Royal et le Rosa banksiae sont épargnés.

Sous un climat doux comme le nôtre, une deuxième génération, parfois une troisième, apparaît en cours de saison. Je continue donc à surveiller tout l’été, avec un tour plus attentif à partir d’août, et jusqu’en octobre.

  • Inspectez régulièrement le dessous des feuilles et les tiges.
  • Coupez et détruisez les parties atteintes dès que vous les voyez.
  • Oubliez le Bacillus thuringiensis (Bt) : efficace contre les vraies chenilles, il ne fait rien aux fausses chenilles de tenthrède.
  • En cas d’attaque massive, et en dernier recours seulement, un insecticide à base de pyréthrines naturelles comme le Spruzit de Neudorff (pyréthrines et huile de colza) agit sur les adultes, les larves et les œufs. Les pyréthrines sont toxiques pour les abeilles : traitez le soir, jamais sur des fleurs ouvertes.

Le Guillot n°1, lui, collectionne les visiteurs : pucerons, araignées rouges, cochenilles à carapace et farineuses. Contre les pucerons, un jet d’eau ou un peu de savon noir dilué suffit souvent. Les araignées rouges adorent la chaleur sèche : bassiner le feuillage le soir les freine. Quant aux cochenilles, je les retire à la brosse douce ou avec un coton imbibé d’alcool.

Nourrir ses rosiers : trois apports dans l'année

Mes rosiers sont nourris toute la saison, avec trois apports principaux :

  1. Mi-mars, juste après la taille de printemps, pour lancer la végétation.
  2. Mi-juin, après la première vague de fleurs, pour aider le rosier à reprendre des forces.
  3. Fin août, pour encourager la refloraison d’automne des variétés remontantes.

J’utilise un mélange de corne broyée et de sang séché : le sang séché agit vite, la corne broyée se décompose lentement et nourrit le sol tout l’hiver. Entre deux, j’arrose régulièrement avec des purins faits maison, dont le purin de prêle, et parfois un peu de fer chélaté, toujours très dilués.

Un rosier bien nourri résiste mieux aux maladies comme aux ravageurs. Pensez simplement à arroser avant et après chaque apport, surtout en été.

Le calendrier des rosiers en Provence

Quand

Quoi

Rosiers concernés

Mi-mars

Taille, puis premier apport d’engrais

Tous

Mi-avril

Bouillie bordelaise, 2 ou 3 passages à 15 jours d’intervalle

Tous, sauf Rosa Bonheur et Félicité et Perpétue

Printemps et été

Surveillance de la tenthrède

Tous, sauf Pierre de Ronsard, Palais Royal et Rosa banksiae

Mi-juin

Deuxième apport d’engrais

Tous

Fin août

Troisième apport d’engrais

Variétés remontantes

Août à octobre

Surveillance renforcée contre les générations suivantes de tenthrède

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